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Excerpt for Pour le pire et le meilleur, tome 2 : Sans âme by , available in its entirety at Smashwords

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Pour le pire et le meilleur

Tome 2

Sans âme



Piko Lynna

Présentation :


Elle a fui son premier amour.

Il a promis de se venger.

Il lui fera vivre le pire

Elle lui donnera le meilleur.

Lucie est une femme amoureuse

Angelo est un homme sans âme

Ils n’ont rien en commun et pourtant…


Mise en garde : Ce livre contient de nombreuses scènes de sexe et de violence. Ne convient pas à de jeunes lecteurs.

© Piko Lynna, 2017 — Tous droits réservés

Image : Pixabay

Couverture : @Piko Lynna

ISBN : 978-2-9562425-2-9


Ce livre, entièrement gratuit, est téléchargeable sur internet.

J’ai fait le choix de ne pas envoyer ce texte à une maison d’édition et de le proposer en lecture libre.

Toutefois, les droits d’auteur m’appartiennent toujours. Merci de respecter mon travail.

Merci de ne pas copier l’histoire, de ne pas la modifier et de ne pas la vendre.

Je n’ai aucune prétention. J’écris pour le plaisir et non pour en faire un métier ou pour gagner de l’argent, d’où mon choix.

Le texte n’ayant subi aucune correction de la part d’un éditeur, il se peut qu’il reste des fautes d’orthographe ou des défauts. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.


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Bonne lecture !


Chapitre 1

Angelo



Ce soir, j’aurais pu être heureux si j’avais été capable d’éprouver ce genre de sentiment. J’aurais sûrement esquissé un vrai sourire, mon cœur se serait peut-être mis à battre plus vite. Mais la vérité, c’est que je ne ressens rien de tout cela. J’aurais aimé. Juste une fois. Juste pour savoir ce que cela fait. Un peu comme une expérience scientifique. Les seuls moments où j’éprouve vraiment quelque chose, c’est lorsque j’ôte la vie de ma victime. La première fois, j’avais cinq ans. J’ai tué mon géniteur. L’homme qui m’a donné la vie. L’homme que j’aurais dû idolâtrer. Mon père était un sale enfoiré. Il ne méritait pas de vivre. Finalement, le buter était un service envers la société. Il en a fait baver à ma mère. La seule personne que j’ai peut-être aimée. Je ne sais pas trop en réalité. Qu’est-ce que l’amour ? Tout ce que je peux dire, c’est que chaque fois qu’il la frappait, chaque fois que ses pleurs et ses cris me réveillaient, je n’avais plus qu’une envie : verser le sang de ce fils de pute. Alors un soir, j’ai attendu que les hurlements cessent, puis je me suis levé, j’ai récupéré l’arme de mon père et je me suis approché doucement de son lit. Il était allongé sur le dos, plongé dans un sommeil profond. J’ai regardé son visage, pareil au mien. Ses cheveux blonds, ses lèvres un peu trop charnues, sa fossette sur le menton. J’ai enregistré chaque détail pour pouvoir m’en souvenir plus tard et j’ai tiré. Une seule balle. Un trou s’est formé au milieu de son front. Malgré l’obscurité, on pouvait voir nettement l’hémoglobine s’échapper et peut-être un peu de matière. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti quelque chose pour la première fois de ma vie. Ma première excitation. J’ai regardé son cadavre jusqu’à ce que ma mère sorte de la salle de bain et j’ai obéi, comme un bon garçon lorsqu’elle m’a ordonné d’aller m’habiller dans ma chambre.

Les années suivantes, j’ai fait semblant. Semblant d’être heureux lorsqu’elle a rencontré Salvatore. Semblant d’être heureux lorsqu’ils se sont mariés. Semblant d’être heureux lorsque mon petit frère est né. Mais durant tout ce temps, une seule idée m’obsédait, tuer de nouveau.

La nuit, dans mon lit, j’imaginais des tonnes de scénarios. Noyer mon pleurnicheur de frère. L’étrangler lentement dans son berceau. Et mon préféré, celui où je le démembrais. Quand le jour se levait, je redevenais alors l’enfant modèle, le bon élève. Je redevenais celui qu’ils voulaient tous que je sois.

Mais dans quelques jours, tout va changer. Comme je l’ai énoncé, ce soir j’aurais pu être heureux, car tout est enfin prêt.


— Les Hell’s font du grabuge patron.

Un coup d’œil à la caméra confirme les dires de Samuel. Un membre du gang vient d’enrouler son bras autour d’une des serveuses pour l’attirer sur ses genoux. La fille se débat, ce qui fait rire ses amis.

Je n’attends pas de voir ce qu’il va se passer. Je sors du bureau et me rends dans la salle, accompagné de deux videurs. Le calme revient immédiatement. Le biker sait qu’il a merdé. Il tente de plaisanter avec moi. Peut-être me prend-il pour son pote parce que nous étions dans la même classe au lycée. Mais c’est là qu’il fait une erreur, car je suis le pote de personne et surtout pas de cet abruti. Si cela ne tenait qu’à moi, il y a belle lurette qu’on aurait dégommé tous ces foutus Hell’s, mais bon, mon beau-père est un faible. À une époque, j’ai cru que je pourrais le prendre comme modèle. Quelle connerie ! Du jour où il a trempé sa queue dans la chatte de ma mère, il s’est transformé en petit toutou. Ces femmes ont ce pouvoir. C’est dingue comme les mecs deviennent des merdes quand ils tombent amoureux. Même Dino n’a pas échappé à cette faiblesse. Ma tante le tient par les couilles.

Heureusement, cela ne m’arrivera jamais. D’une part parce que cela ne risque pas de se produire, il faudrait être capable de ressentir quelque chose pour cela. Et d’autre part, parce que les femmes doivent être asservies par les hommes et non l’inverse.

J’attrape le biker et le soulève de sa chaise avant de le traîner jusqu’à la sortie. Je suis un Di Marco. Alors ses amis suivent gentiment en fermant leur gueule parce qu’ils ont trop à perdre.

Bande de mauviettes !

— Je suis désolé, mec. C’était juste pour rire, j’aurais pas fait de mal à la poulette.

— Rien à foutre. Si tu viens dans mon bar, tu respectes les règles. Pas touche aux serveuses, c’est pas compliqué à comprendre. Même pour une grosse merde comme toi.

Il me regarde surpris et baisse les yeux. Pas si con, finalement. Il a une dose d’instinct de survie. Dommage ! Je rêve de lui refaire le portrait, de contempler son sang en train de se répandre sur le trottoir. Hélas ! Je dois me contenter de le virer proprement, alors je l’éjecte en le bousculant pour qu’il se rétame sur le goudron. C’est une mince consolation.

Sans un regard pour les autres Hell’s, je fais demi-tour et retourne au club. C’est là que je l’aperçois.

Elle est assise au comptoir dans une robe qui moule parfaitement son corps. Des boucles rousses tombent sur ses épaules. Sa peau est d’une blancheur parfaite. Elle a de longues jambes et un cul en cœur. Je ne la vois que de dos, mais ma queue se dresse aussitôt. Oubliant tout ce qui m’entoure, j’avance dans sa direction en retenant ma respiration.

« Gris. Pourvu qu’ils soient gris ».

Arrivé à sa hauteur, je me penche légèrement et effleure son bras au passage. L’inconnue se retourne avec un grand sourire.

Merde ! Bleus ! Ses yeux sont bleus. Pas gris.

Je devrais aller bosser, elle ne m’intéresse déjà plus. Pourtant quelque chose m’en empêche. Sa bouche peinte d’un rouge vif ? Les taches de rousseur qui parsèment son nez ? Où peut-être la façon dont elle me dévore du regard ? Si c’est une traînée venue se faire sauter. Je suis son homme.

— Salut, dit-elle d’une voix suave.

— Tu bois quelque chose ?

Sans attendre, je fais signe au barman de la resservir. La fille glousse comme une idiote et se frotte contre moi. Je souris. Un sourire qui n’atteint pas mes yeux. Un sourire vide, mais qui je le sais, plaît beaucoup aux femmes.

— Tu viens ici souvent ? me demande-t-elle.

— Tous les soirs. Je suis le propriétaire.

En réalité, le club appartient à mon beau-père, mais c’est un détail qu’elle n’a pas besoin de savoir. Ses yeux s’illuminent d’une lueur où se reflète l’intérêt. Elle s’imagine déjà avoir choppé le gros lot. Les rouages de son cerveau tournent à toute vitesse, alors qu’elle se demande sûrement comment elle va pouvoir dépenser mon pognon quand nous serons en couple. Son attitude change, sa posture se transforme. Ce n’est plus une traînée que j’ai en face de moi, mais une femme réservée, timide et fragile. Pauvre idiote ! Croit-elle vraiment pouvoir me piéger ? Je suis le maître de l’imposture.

— Wouah ! Je suis impressionnée.

Je souris de nouveau parce que c’est ce qu’elle attend et me penche à son oreille.

— Je dois retourner travailler, mais le club ferme dans trente minutes. Si tu n’as rien à faire, passe me voir dans mon bureau. On pourra faire connaissance.

— Hmm… peut-être, dit-elle en essayant de se donner un air mystérieux.

Je lui fais un clin d’œil et l’abandonne. Peut-être ? Tu parles ! Cette salope me rejoindra à la minute où le bar sera vide. Pas besoin de lui sortir le grand jeu. Je vais lui offrir une petite leçon, histoire qu’elle sache qu’on ne me prend pas pour un con.

Anticipant sa venue, je libère Samuel un peu plus tôt. Ravi, il ne cherche pas à comprendre et file immédiatement.


Trente-cinq minutes plus tard, la rouquine tape à la porte.

Elle marche en roulant des hanches, se mordille la lèvre inférieure. Sans un mot, je me lève pour la rejoindre. Elle s’attend à ce que je l’embrasse, mais ça, c’est hors de question. Je passe derrière elle et la pousse durement contre le bureau. Je retrousse sa robe d’une main et ouvre mon pantalon de l’autre. La capote enfilée, j’écarte son string et la pénètre d’un coup de reins violent.

— Aïe ! Merde, tu me fais mal.

— Ta gueule !

Si elle savait comme je m’en fous ! Comme j’ai envie de l’entendre hurler de douleur. De l’entendre me supplier d’arrêter ! Je me retire lentement avant de m’enfoncer de nouveau en elle un peu plus fort. Sa chatte mouille, la rouquine roucoule sous mes assauts. La garce prend son pied dans la violence. J’accélère la cadence, empoigne ses cheveux et tire sa tête en arrière pour avoir accès à son cou. Mes dents se plantent dans sa chair. Elle crie de douleur et de plaisir à la fois. Je la baise de plus en plus fort. Je ne tiens pas compte de ce qu’elle ressent. Elle geint, se contorsionne comme la salope qu’elle est, mais est-ce de contentement ? J’ai un doute.

Je donne un dernier coup de reins, m’enfonce au plus profond de sa chatte et jouis silencieusement. Je me retire aussitôt, me débarrasse de la capote et me referme ma braguette. Comme d’habitude, je me suis vidé les couilles sans pour autant éprouver quoi que ce soit de particulier.

— Je m’appelle Lydia, dit-elle en baissant sa robe.

 Viens, je te raccompagne à la sortie.

Ses traits se figent. La surprise se lit dans son regard. Apparemment, je n’ai pas été assez clair en la baisant comme un sauvage. Malgré la douleur que je lui ai infligée, je sens qu’elle ne va pas me lâcher aussi facilement. Je suppose que l’appât du gain est plus fort.

— Mais… On ne passe pas la nuit ensemble ? Je pensais que…

— Ne pense pas, cela vaut mieux. Tu voulais te faire sauter par le beau et riche patron du club ? C’est fait. Maintenant, bouge !


Une fois dans la rue, elle se colle contre moi, cherche mes lèvres. Je détourne le visage et m’écarte. Elle ne sait pas que je suis en train d’essayer de me contrôler, alors elle insiste. Je compte jusqu’à dix dans ma tête, la repousse encore. Mais quand elle se met à sangloter, je comprends que je ne peux pas échapper à mon destin. Non pas que cela me dérange, mais d’habitude je préfère prendre mon temps. Je n’aime pas agir dans la précipitation. Or c’est exactement ce que je vais devoir faire. Tant pis pour elle. Elle aurait pu rentrer chez elle. Mais puisqu’elle en espère plus, qui suis-je pour lui refuser ?

Je l’attire dans la ruelle où sont stockées les poubelles et la plaque contre le mur.

L’endroit est dégueulasse et pue la pisse. Cette pute est à sa place.

— Tu en veux encore ?

— Oui.

— Très bien !

Je passe la main dans mon dos. Elle me regarde sortir quelque chose de la poche arrière de mon jeans. Elle pense sûrement que c’est une capote. Elle va être déçue la pauvre chérie.

Je me colle contre son corps dont l’odeur de transpiration mélangée à son parfum me donne envie de gerber. Elle se cambre, m’aguiche, ferme les yeux. Je pose la main sur sa bouche et appuie, attendant qu’elle me dévisage. Qu’elle comprenne. Que la peur remplace le reste. C’est à ce moment précis que je frappe. La lame de mon couteau, celui que je garde en permanence sur moi, s’enfonce dans la chair de son ventre. Un liquide chaud s’écoule sur mes doigts. Je bande de nouveau. Cette fois, je suis réellement excité.

La rouquine se débat. Elle veut hurler. La paume de ma main s’inonde de bave. Je vois la peur dans son regard, mais aussi l’étincelle de vie qui la pousse à combattre. Sans la lâcher des yeux, je retourne la lame dans son bide avant de la retirer. Je l’enfonce de nouveau. Je la baise doucement par procuration avec mon couteau. Quelques va-et-vient pas trop profonds pour faire durer son agonie. Des larmes coulent sur son visage. Ma respiration devient haletante. La jouissance n’est pas loin. J’approche la bouche de son oreille et lui parle d’une voix calme.

— Chuut ! Ne pleure pas, tu vas bientôt rejoindre un monde meilleur, où même les putes dans ton genre ont leur place. Je t’avais dit de partir, mais tu ne m’as pas écouté. Vous n’écoutez jamais.

Elle me regarde avec horreur. Elle sait qu’elle est en train de crever et cesse de s’agiter.

— C’est ça, laisse l’obscurité t’emporter.

J’enfonce la lame profondément et tourne le manche. Son corps convulse. Je la serre davantage contre moi. Son souffle devient rapide tandis qu’elle se vide de son sang. Son cœur ralentit. Quand je sens sa vie ne tenir qu’à un fil, je m’écarte légèrement et retire la main de sa bouche. Alors seulement, je lui offre un baiser. Le baiser de la mort.

La rouquine s’effondre tandis que je recule. Elle est presque belle à présent, allongée dans son hémoglobine. À l’aide d’un mouchoir, j’essuie les parties de son corps que j’ai touché. J’aurais préféré faire ça bien, mais à tout moment quelqu’un peut arriver. De toute façon, cela n’a pas vraiment d’importance si on découvre mon identité, je ne serai bientôt plus là. Toutefois, je n’aimerais pas que ma mère soit triste, alors je fais de mon mieux. Une fois la tâche terminée, je retourne au club pour me nettoyer et reste un peu pour finir de bosser.


Le lendemain matin, le réveil est dur. Ma mère a organisé un barbecue pour son anniversaire et bien sûr ma présence est requise. Quand elle a eu ses enfants, j’ai pensé qu’elle me délaisserait, qu’elle se préoccuperait plus d’eux, mais cela n’a pas été le cas. Bien au contraire ! Elle avait tellement peur que je me sente rejeté, que son comportement en devenait ridicule. Je crois bien qu’elle m’aime plus que les deux autres, à moins que ce ne soit que de la culpabilité. Elle est persuadée que j’ai tué mon père pour la défendre. Que je me suis transformé en assassin à cause d’elle ! Ce n’est pas totalement faux, mais en toute honnêteté, c’est surtout parce que j’en avais envie. Elle m’a surprotégé, a essayé de me faire suivre par des psychologues. Pour détourner ses craintes, j’ai joué au petit garçon heureux et elle m’a enfin foutu la paix. Salvatore, lui, a continué à me surveiller. Il se croyait discret, mais je ne suis pas stupide. Il a des doutes. Il sait que quelque chose ne tourne pas rond dans ma tête. Mais cet idiot m’aime. Comme tout le monde, il s’est laissé aveugler. Il n’a pas cherché plus loin que les apparences alors que c’était là. Juste sous son nez.

Après mes études, il m’a pris sous son aile, m’a enseigné le métier. J’ai assisté à des rendez-vous, rencontré ses clients. Il se croit fort parce qu’il vend des armes. Un gros dur. Un mafieux ! Mais en réalité, c’est un petit joueur avec de grands rêves. Et de grandes illusions. Je me souviens du jour où il a voulu m’impressionner en me montrant comment punir un traître. L’homme a été amené dans un hangar. Dino lui a donné quelques coups, le type s’est mis à table et ils l’ont achevé. Durant tout ce temps, Salvatore m’expliquait comment faire, avec son air supérieur. Je crois qu’il espérait me voir blêmir, peut-être même quitter les lieux en courant pour aller vomir. Mais tout ce que j’ai ressenti, c’est du vide. Pas la moindre étincelle de joie. Des rigolos ! Quand mon tour est venu d’interroger un gars, là je leur ai montré ce qu’est la torture. La vraie ! Le type s’est carrément pissé dessus. Ses cris résonnaient telle une douce musique à mon oreille. J’ai continué à le charcuter alors même qu’il n’avait plus rien à avouer. Mais ce con de Salvatore a mis un terme à mon art. Depuis ce jour, je ne suis plus allé au hangar. Au fond, je crois que je lui fais peur.

La sonnerie de mon téléphone me ramène au présent.

— Salut man, dis-je en décrochant.

— Coucou, je voulais être sûre que tu étais réveillé. Il n’est pas question que je fête mon anniversaire sans mon grand.

— Ne t’inquiète pas, je serai là. J’étais sur le point d’aller prendre ma douche.

— Alors je te laisse. Je t’aime, mon fils.

— Moi aussi maman. Je t’aime, dis-je par automatisme même si je ne suis pas certain que ce soit la vérité.

Chapitre 2

Angelo



Lorsque j’arrive, ils sont déjà tous là. Mes parents, ma tante Julie, Dino, les enfants. Je plaque un sourire sur mes lèvres et avance dans leur direction pour les saluer. Ma sœur m’embrasse sur la joue. Mon frère se contente d’un hochement de tête. Quand mon regard tombe sur James et Nicole, mes poings se serrent. Comme j’aimerais pouvoir les tuer ces deux-là ! Les punir comme ils le méritent !

C’est eux qui ont permis à Lucie de s’enfuir. Ils se sont mis entre nous. Ils ont refusé de me dire où elle est. Nicole me fait la bise. J’ai envie de m’essuyer. De lui balancer mon poing dans la gueule. Évidemment, je n’en fais rien. C’est la meilleure amie de ma mère. Je ne peux pas lui faire de mal. Pas pour l’instant en tout cas.

— Papa ! C’est dégouttant ! lance ma sœur lorsqu’il embrasse ma mère.

Ces deux-là passent leur temps à se tripoter comme si les années n’avaient pas d’emprise sur leurs sentiments. Les cheveux de Salvatore sont à présent teintés de gris, des rides se sont formées autour de ses yeux, mais il se conduit comme s’il avait encore vingt ans. C’est ridicule, mais après tout, c’est son problème. Pas le mien.

Je les entends parler, mais je ne les écoute plus. J’ai ma dose. Faire semblant me pèse parfois, surtout lorsque j’ai autre chose en tête. Comme en ce moment. Je préférerais être chez moi à mettre les derniers détails au point. À rassembler mes affaires. Je suis ici, mais en réalité je suis déjà parti.

— Eh ! me hèle Dino. Ton paternel veut nous voir dans son bureau.

Salvatore m’a adopté. D’un point de vue de la loi, il est devenu mon père. À mes yeux, il n’est qu’un parasite encombrant. Lui aussi est responsable de la disparition de Lucie. Je l’ai entendu parler avec James. Ils pensent que j’ai fait du mal à Lucie. Mais ils n’ont pas les couilles, de venir me poser la question. Ma douce n’a rien dit. Elle a gardé le silence. C’est bien la preuve que ce qui nous lie est spécial, non ? Que malgré sa peur, elle sait à qui elle appartient !

Je me souviens de notre première rencontre comme si c’était hier. Ses grands yeux gris me dévoraient avec curiosité tandis que ses boucles rousses tombaient en vagues sur ses épaules. J’avais sept ans et Lucie quatre, presque cinq. Elle avait l’air d’un petit insecte. Ceux qu’on écrase entre les doigts pour s’amuser. Mon cœur a fait quelque chose d’étrange. Il s’est mis à taper plus fort dans ma poitrine. Je n’ai pas compris tout de suite ce que cela signifiait, toutefois je savais que c’était un moment important.

Je me souviens de l’instant où tout est devenu clair dans mon esprit. Elle chantonnait d’un air moqueur « ils sont amoureux » à propos de ma mère et Salvatore. Je n’étais pas vraiment en colère. Mais ma mère était à moi. À personne d’autre. Je voulais que Lucie se taise, alors je l’ai poussée violemment pour la blesser. J’ai eu envie de voir son sourire s’éteindre. Et quand elle s’est mise à pleurer, un sentiment de puissance m’a envahi. Ce fut comme un déclic. Une révélation. J’avais le pouvoir de la rendre heureuse, tout comme celui de causer de la tristesse. Je pouvais lui faire mal ou la cajoler selon ma volonté. Me nourrir de ses émotions ou mieux la contraindre à ressentir ce que moi je désirais. J’ai alors compris que ce n’était pas ma mère qui m’appartenait, mais Lucie.

Durant les années qui ont suivi, j’ai mis en application diverses expériences. Tantôt, je la rudoyais, tantôt je la consolais. J’aimais ses larmes. J’adorais contempler la souffrance que je lui avais infligée sur son beau visage. Mais j’aimais surtout la voir s’accrocher à moi pour chercher mon réconfort. Je savais qu’elle était amoureuse. Qu’elle obéirait à mes moindres désirs !

Pourtant un jour, elle a tout gâché. Elle a permis un autre mec de poser ses sales pattes sur elle. Elle a accepté son invitation. Elle aurait dû savoir que je ne la laisserais pas faire ! Elle m’a obligé à la punir. À lui montrer qui était son maître.

Je les ai suivis discrètement pendant leur rencart. J’ai regardé leur corps s’effleurer tandis qu’ils marchaient main dans la main. J’ai assisté à leur baiser lorsqu’il lui a dit au revoir. Puis j’ai attendu qu’elle soit proche de chez elle pour lui barrer la route. Je l’ai entraînée dans un coin tranquille. Et je lui ai montré à qui elle appartenait puisque les mots ne suffisaient pas.

Je l’ai jetée sur sol pour m’allonger de tout mon poids sur elle. J’ai pris ce qui me revenait de droit en lui promettant de faire pire si elle osait me trahir encore. J’ai brisé son précieux hymen d’un coup de reins vengeur. Ma bouche sur la sienne pour avaler ses cris de douleur. C’était également la première fois pour moi. Je n’étais pas aussi doué qu’aujourd’hui alors la leçon a été rapide, mais le plaisir indescriptible. Ensuite, je l’ai consolée en disant des mots doux. Pas parce que je les pensais, mais parce que je savais qu’elle voulait les entendre. Elle a passé ses bras dans mon dos, posé la tête contre mon torse. Et elle a pleuré. Longtemps. C’était tellement bon !

Lorsque je l’ai laissée partir, j’ai cru qu’elle avait enfin compris. Mais la peste a disparu. Elle a pris la fuite. Là où elle est, j’espère qu’elle tremble en songeant à moi et à ce que je lui ferai bientôt. Dix ans qu’elle n’est plus ici. Dix années à rattraper. Elle va en baver !


Je pénètre dans la pièce et m’affale sur un fauteuil. Le simple fait de croiser leur tronche me gonfle. Quelle idée d’être venu ! Pourquoi ne suis-je pas resté dans mon lit ? Ah oui, ma mère ! Alors qu’est-ce qu’on fait là pendant qu’elle est au jardin ?

— Tu voulais nous voir ? dis-je, d’un ton brusque.

Salvatore me regarde longuement. Il réfléchit, tente de lire quelque chose en moi, puis abandonne, comme d’habitude.

— Effectivement. Il y a eu un nouveau meurtre cette nuit.

— Merde ! Encore une femme ? demande Dino.

— Oui. Comme les autres, elle était rousse aux yeux bleus.

— Je suis content que Lucie soit loin, elle correspond aux victimes.

Connard ! Je serre les poings. Entendre le prénom de ma Lucie est comme une insulte. C’est à cause de lui qu’elle est partie et c’est sa faute si des rouquines crèvent. Mais il a tort sur un point. Lucie ne correspond pas à mes proies. Et c’est justement parce qu’elles sont différentes que je les tue. Parce qu’elles ne sont pas elle et que seule leur mort peut m’apaiser le monstre qui sommeille en moi.

— Lucie n’a pas les yeux bleu, mais gris, dis-je.

— Bref, poursuit Salvatore, c’est le cinquième meurtre sur notre territoire, il faut trouver cette ordure ! De plus, le crime s’est déroulé à quelques mètres du club. C’est de la provocation !

De la provocation ? Où va-t-il chercher toutes ces conneries franchement ? Ce qui s’est passé hier n’était qu’un hasard. D’habitude, je prends le temps de les traquer, de les étudier. Je les drague et lorsqu’elles sont chaudes à point, je les emmène dans mon repère. Loin de tout. Pour qu’elles puissent hurler et supplier tout leur soûl. Parfois, je joue avec elles durant des heures, j’en ai même gardé une pendant deux jours. Je les laisse retrouver un peu d’espoir. Je leur dis que je suis désolé, que je vais les délivrer. Que leur blessure n’est pas importante. Je suis comme le chat qui s’amuse avec sa proie. Dès qu’elles pensent pouvoir s’en sortir, je frappe de nouveau pour les briser. Pour les châtier. Mais surtout pour la punir elle. Je bute ces salopes parce que c’est ce que je rêve de faire à Lucie. Elle m’a trahie. Elle m’a abandonné. Elle a cru pouvoir m’échapper. Et bientôt, elle va le regretter.

J’ai commencé à tuer deux ans après son départ. Ce n’était pas ce que j’avais prévu en flirtant avec la rouquine. Elle me rappelait Lucie vaguement alors j’avais pensé qu’avec cette femme j’éprouverais peut-être quelque chose. Grave erreur ! J’ai eu du plaisir physique, mais rien de transcendant. Toute ma frustration a explosé d’un seul coup et avant de comprendre ce qu’il se passait, mon couteau était planté dans son bide. Je bandais comme jamais. Voir la vie s’éteindre dans son regard a eu un effet orgasmique. Depuis, il y en a eu d’autres, une bonne quinzaine en réalité. Dès que je partais en déplacement, je cherchais une nouvelle victime. De préférence une prostituée parce que tout le monde s’en fout quand elles crèvent. Et puis il y a deux ans mon beau-père a décidé de me refiler son putain de club. Les voyages se sont faits de plus en plus rares. J’ai tenté de me retenir. J’ai essayé de résister chaque fois que je croisais une rousse. Mais j’ai finalement cédé à mes pulsions. Non pas par faiblesse, mais simplement parce qu’il n’y avait aucune raison pour ne pas le faire.

— Les flics n’ont aucune piste ?

— Non. Toujours rien. Et c’est pour cela que nous devons nous en mêler. Les gens commencent à se demander si je suis toujours capable de les protéger. Les Hell’s commencent à s’exciter aussi et menacent de s’en prendre à nos affaires.

— Merde ! Je vais contacter un ami qui bosse chez les fédéraux pour lui tirer les vers du nez.

— Et moi, ajoute Dino, j’irai voir sur place. On sait jamais. On est sûr que c’est le même tueur ?

— C’est le même mode opératoire en tout cas. Il blesse la fille à l’arme blanche et la laisse se vider de son sang. Cela dit, ce coup-ci, il a agi dans l’urgence. D’après les flics, la scène n’était pas propre comme les fois précédentes. De plus, d’habitude, il tue ses proies dans un lieu et les dépose ensuite dans une ruelle, mais là, il a commis son crime sur place. Ce qui nous donne une chance de trouver des traces d’ADN ou des preuves.

— Pourquoi ne pas laisser les flics faire leur travail, dans ce cas ?

— Je veux la peau de ce fils de pute ! Il mérite de subir le même sort que ses victimes. Et je veux que tout le monde sache ce qui arrive à ceux qui attaquent nos femmes. Ces rouquines étaient peut-être des traînées, mais elles avaient des parents, de la famille, des amis. Nous avons le devoir de les venger !

J’ai presque envie de rire. Quelle bande de crétins ! Ils sont là, à enquêter pour rendre justice sans se douter un seul instant que le coupable se trouve dans la pièce. Et si je sortais ma lame pour voir leur réaction ? Si je l’ouvrais devant eux ? Seraient-ils seulement capables de faire le rapprochement ? Que feraient-ils s’ils découvraient la vérité ? Me tueraient-ils ? Me balanceraient-ils aux flics ? M’enfermeraient-ils dans un hôpital psychiatrique ? Ou fermeraient-ils les yeux ? Jusqu’où irait leur loyauté ? Jusqu’où irait l’amour de Salvatore ? Je suis tenté de tout leur avouer. Je n’ai pas peur de la mort et encore moins d’eux. Hélas, j’ai des projets et ils passent avant tout. Je m’y prépare depuis des mois, alors je ne vais pas tout gâcher.

— Quel discours émouvant ! Bravo. Papa !

Salvatore secoue la tête, préférant ignorer mes piques. Il étale les photos de la dernière victime. Salvatore, James et Dino épluchent une fois de plus le dossier complet, tout en essayant de mettre un plan en marche. Je garde donc le silence pendant qu’ils parlent tous les trois. Clairement, ils se fichent de mon avis et c’est réciproque.

— Bon, si tout est OK, retournons au jardin avant que nos femmes s’énervent.

Dino et James quittent le bureau, mais lorsque je m’apprête à faire la même chose, Salvatore me barre le chemin. Comme tout à l’heure, il me fixe longuement, mais mon visage reste impassible.

— Tu étais le dernier parti hier soir d’après le personnel. Tu n’as rien entendu ? Rien vu ?

— Non !

— Tu en es certain ?

— Tu me fais quoi exactement ? Si tu as quelque chose à dire, alors fais-le carrément !

— Est-ce que c’est toi Angelo ?

— Qui tue ces putes ? Tu as une de ces imaginations !

Je lui tape l’épaule avec le plat de la main, comme s’il venait de raconter une bonne blague, puis je quitte le bureau.

De retour au jardin, je reste en retrait comme un spectateur devant un écran de cinéma. Je les regarde s’amuser sans que leur joie m’atteigne. Leurs rires tintent étrangement à mon oreille. Je les observe avec l’œil d’un scientifique qui tente de résoudre un problème insoluble.

Est-ce que je suis né comme cela ? Est-ce que j’éprouvais quelque chose quand j’étais bébé ?

Est-ce le fait d’avoir grandi dans un monde de violence ?

Mon cerveau s’est-il déconnecté à un moment donné ?

Je n’aurais sûrement jamais de réponse. Je suis comme ça. Et puis c’est tout.

En y réfléchissant, ma vie est bien plus simple que la leur. Je ne suis pas en quête de bonheur ou d’amour. Je n’ai pas de mauvaise conscience. Je fais ce que je veux sans m’inquiéter des conséquences. Si j’ai faim, je mange. Si j’ai envie de baiser, je baise. Si j’ai envie de tuer, je tue. Pourquoi s’emmerder avec une morale à la con ?


— Tu as l’air épuisé, mon ange, me dit ma mère en s’approchant.

— La nuit a été courte.

— Je peux en toucher deux mots à ton père. Si tu es fatigué, il peut embaucher quelqu’un pour t’aider.

— Ça ira maman. J’ai eu beaucoup de travail, mais d’ici quelques jours tout va rentrer dans l’ordre.

— Bien ! Alors, ne reste pas dans ton coin. Viens avec nous. Pour moi, mon ange.

« Mon ange ». Elle m’appelle ainsi depuis toujours. Si seulement, elle savait ! C’est aussi risible que mon prénom.

Parfois, je me demande comment elle peut m’aimer. Je suis le portrait de mon père biologique. De l’homme qui l’a achetée comme une vulgaire marchandise. De l’homme qui l’a battue, torturée, tourmentée. Je suis issu d’un viol. Elle n’était qu’une enfant. Seize ans, c’est si jeune ! Ne devrait-elle pas me haïr ?

Je hausse les épaules, ma mère doit croire que c’est à elle que cela s’adresse, car elle soupire et s’éloigne, mais elle se trompe. C’est à Lucie que je pense. Elle avait le même âge quand j’ai pris sa virginité dans la violence. Finalement, ce n’est pas si jeune. Lucie avait le corps d’une vraie femme et non d’une enfant. C’est peut-être ce que mon vieux s’est dit. Jusqu’à quel point nous ressemblons-nous ? Jusqu’où suis-je capable d’aller ? Lui agissait sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, alors que j’ai besoin de garder le contrôle. De réfléchir en permanence.

Mon père était-il comme moi ? Est-ce que lui aussi n’avait pas d’âme ? Est-ce pour ressentir quelque chose qu’il la traitait de cette manière ?

Je sens un regard peser sur moi et tourne la tête pour comprendre d’où cela vient. Mes yeux croisent ceux de Salvatore. Il a deviné. Il n’a plus aucun doute. Le coin droit de mes lèvres s’incurve. Il sait, mais comme son amour pour ma mère le rend faible, il ne fera rien. Il espère sûrement que Dino et James découvriront la vérité. Qu’ils feront ce que lui est incapable de faire !

Sans le lâcher du regard, j’avance vers ma mère et l’embrasse sur la joue. Il passe la main dans ses cheveux comme chaque fois qu’il est sous pression. Ma mère a les larmes aux yeux. Elle me serre très fort dans ses bras. Je mesure presque deux têtes de plus qu’elle, mais elle me considèrent toujours comme son bébé. Si je meurs à cause de lui, elle ne pourra pas s’empêcher de le haïr, même si je suis le monstre de l’histoire.

Mon beau-père tourne les talons, mais j’ai le temps de voir la rage qui le consume. Je ris fort pour être sûr qu’il m’entend.

Je gagne à tous les coups !

Chapitre 3

Lucie



Je regarde l’heure pour la dixième fois au moins. Daniel ne devrait pas tarder. C’est notre troisième rencard. Le plus important d’après mes amies. Celui où l’histoire passe un nouveau cap. Je sais que si je refuse d’aller plus loin Daniel acceptera. C’est un homme bon et surtout très patient.

Nous nous sommes rencontrés à l’hôpital. Ils font parfois appel à mes services quand leurs kinésithérapeutes sont surbookés. Je suis à mon compte depuis un an à peine, alors je ne peux pas me permettre de décliner leur offre, surtout en ayant travaillé en pédiatrique dès la fin de mes études. C’est d’ailleurs étonnant que nous ne nous soyons pas croisés à cette époque.

Daniel est chirurgien orthopédiste. Nous nous étions retrouvés pour discuter de l’un de ses patients dont je devais m’occuper. Mais la conversation avait rapidement dérivé vers quelque chose de plus cordial. Il n’y a pas eu de coup de foudre ou d’étincelles entre nous, mais une amitié quasi instantanée qui s’est transformée lentement en autre chose. Je ne peux pas parler d’amour à ce stade, mais avec lui, je me sens bien. Ce qui est déjà un miracle.

Depuis mon départ de Santa Monica, c’est la première fois que je laisse un homme s’approcher. C’est la première fois que je n’ai pas peur. Avec lui, j’ai cru que je pourrais enfin me libérer de mes angoisses. De mon passé. D’Angelo. Je veux y croire, même si notre second rendez-vous a éveillé d’anciens souvenirs. Je veux y croire et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y parvenir.

La porte de la salle d’attente s’ouvre. Ma secrétaire étant déjà partie, j’ai demandé à Daniel d’entrer directement. J’éteins l’écran de mon ordinateur, remplace ma blouse de travail par une veste et récupère mon sac à main. Il est encore tôt pour aller manger, mais Daniel a insisté pour venir me chercher ici. Il m’a dit qu’il avait une surprise, qu’il voulait me montrer quelque chose en dehors de la ville. C’est un romantique. Je crois que cela me plaît.

Avec n’importe qui, j’aurais refusé. Mais c’est Daniel. Si gentil, si respectueux, si tendre. Ses cheveux sont bruns, ses yeux noisette. Il est grand et svelte, pas forcément beau, mais chaleureux et jovial.

Un sourire aux lèvres, je traverse le cabinet, ouvre la porte et me retrouve face à torse bien trop large pour être celui de Daniel. Mon cœur s’emballe tandis que je respire son parfum. La peur m’envahit. Les années ont beau s’écouler, il y a des choses que l’on ne peut pas oublier et cette odeur en fait partie. Cette odeur qui appartient à la fois à mes souvenirs d’enfance et à mes pires cauchemars. Mes yeux remontent, mais je n’ai pas besoin de le voir pour savoir qui se tient devant moi.

— Bonsoir Lucie.

Sa voix, d’un calme effrayant, me donne des frissons. Je veux reculer. J’ai envie de hurler, de refermer la porte et de courir pour me mettre à l’abri, mais je reste plantée comme idiote. Totalement paralysée.

Il n’a pas vraiment changé. Ses prunelles sont toujours d’un bleu glacial. Son visage n’exprime aucune émotion. Ses traits sont devenus plus virils. Il n’est plus un adolescent, mais un adulte. Il me semble qu’il est plus grand et bien plus fort également. Mon regard s’attarde sur la fossette qui orne son menton. Fut une époque, je la trouvais craquante. Fut une époque, c’est lui que je trouvais craquant. Mais ça, c’est avant qu’il…

Quelque chose me pique dans le cou. Je remarque alors sa main levée qui tient une seringue. Mon instinct de survie se manifeste enfin, mais il est trop tard. Mes jambes chancellent, mes idées s’emmêlent. Je tente de reculer. Ma vue se brouille. Je secoue la tête, mais cela ne fait qu’empirer la sensation de vertige. Je lutte. Je ne dois pas m’endormir ! Je dois résister encore. Juste un peu. Daniel va arriver d’une seconde à l’autre.

— Daniel, dis-je d’une voix qui sonne étrangement. Daniel, aide-moi.

Mon corps s’affaisse. Des bras me soulèvent. Mes paupières deviennent de plus en plus lourdes. Je lutte plus fort, mais le combat est perdu. Le combat a été perdu à l’instant où il a retrouvé ma trace.

— Personne ne viendra te sauver, murmure-t-il à mon oreille. Je ne suis pas content, tu as été une très vilaine fille.


Une odeur d’humidité et de moisissure me picote les narines. Un marteau piqueur semble avoir élu domicile dans mon crâne. Ma gorge est atrocement sèche, comme un lendemain de fête. Le matelas sur lequel je suis allongée n’est pas confortable. Je bouge pour trouver une position où les ressorts ne me meurtriront plus la peau. Mes yeux s’ouvrent brusquement.

— La belle au bois dormant se réveille enfin.

Non ! Mon Dieu ! Je comprends que tout est réel. Ce n’était pas rêve. Angelo m’a retrouvée. Je me dresse d’un bond, ignorant la douleur, et jette un regard affolé autour de moi. La pièce, minuscule, ressemble à une cave ou plutôt une cellule. Elle est fermée par une grille rouillée et il n’y a aucune fenêtre. Un matelas est installé directement sur le sol. Il n’y a pas de drap, pas de couverture. Juste un vieux futon difforme et tâché. Au centre, une table sur laquelle une lampe a été posée. C’est une lampe ancienne qui ne fonctionne ni à piles ni à l’électricité. La flamme éclaire les lieux en créant des ombres autour d’Angelo. Le diable en personne paraîtrait moins effrayant !

Angelo est assis sur une chaise qui n’a l’air en meilleur état que le reste. Les bras croisés sur son torse, les jambes étendues devant lui, il m’examine, impassible.

— Ton nouveau chez toi te plaît ?

Il se lève et marche lentement dans ma direction. Le cœur battant à tout rompre, je recule jusqu’à ce que mon dos cogne sur le mur de pierres.

— Tu ne m’échapperas plus Lucie. J’espère que tu as bien profité de ces années de liberté, parce que c’est terminé.

— Ma disparition ne passera pas inaperçue. Mes patients, mes amis, ma famille. Ils ne tarderont pas à prévenir la police. Mon père me retrouvera Angelo et il te tuera. Il est encore temps, tu peux me ramener et je te promets de ne rien dire à personne.

— Penses-tu vraiment que cela puisse m’inquiéter, lâche-t-il la bouche à quelques centimètres de la mienne ? Que je vais rentrer la queue entre les jambes en priant pour que « papa » n’apprenne pas la vérité ? Je croyais avoir été clair la dernière fois. Tu es à moi, bébé. Ce n’était pas des paroles en l’air, mais la leçon n’a apparemment pas servi.

— Et si je te donnais une chance ? Ramène-moi chez moi et j’accepterai de te sortir avec toi. On pourra discuter et…

— C’est toi qui poses les conditions à présent ? Hmm, les temps ont bien changé à ce que je vois ! Mais tu vas réapprendre à obéir. J’ai eu dix ans pour imaginer nos retrouvailles. Dix ans pour rêver de toutes les punitions que je te ferai subir, alors garde tes forces au lieu de parler dans le vide. Et surtout, n’essaie pas de me dire ce que je dois faire.

Il empoigne une grosse mèche de cheveux et tire dessus. La douleur m’oblige à pencher la tête en arrière. Son regard me glace le sang.

— À qui appartiens-tu ?

 À personne et surtout pas à toi.

La peur est intense, mais c’est la colère qui m’incite à réagir. Je le pousse de toutes mes forces, en ignorant la souffrance quand il serre sa prise sur mes cheveux. Folle de rage, je lève le bras et le gifle de toutes mes forces. C’est la première fois que je fais preuve de violence. La première fois aussi que je me rebelle contre lui. Lorsque nous étions enfants, j’acceptais tout sans me plaindre, mais je ne suis plus la petite fille naïve !

— Ne t’avise pas de recommencer, déclare-t-il en se massant la joue. Je veux bien passer pour cette fois, mais ose encore me frapper et il t’en cuira.

Angelo recule jusqu’à la table. Il s’empare de la lampe et se dirige vers la sortie.

— Non ! hurlé-je, lorsque je comprends ce qu’il va faire. S’il te plaît Angelo !

Ignorant mes supplications, il quitte la cellule et verrouille derrière lui.

Je cours vers lui en pleurant, secoue la grille qui ne bouge pas, tandis que ses pas s’éloignent. J’ai peur dans le noir. Une peur panique depuis mon plus âge et Angelo le sait parfaitement.

— Ne me laisse pas ! Oh Mon Dieu ! Ne me laisse pas !

Lorsque la lumière disparaît totalement, je crie, je l’appelle. Mais il ne revient pas.

Je finis par m’écrouler sur le sol. Je n’arrive plus à respirer. Mes sanglots m’étouffent. Je vais mourir. Je vais mourir dans une cave et mes parents ne retrouveront jamais mon corps. Je vais mourir avant d’avoir eu trente ans. Sans avoir eu de bébés et personne à aimer. Personne mise à part lui. Je l’ai aimé. D’un amour pur. Naïf. Je l’ai aimé sans concession. Acceptant ses qualités comme ses défauts. Enfant, il pouvait se montrer cruel, féroce, sadique. Mais il me consolait toujours. Il me défendait contre les autres, m’offrait des cadeaux. Aveuglée, j’ai cru que mes sentiments étaient partagés. Et puis un jour, j’ai compris qu’il ne ressentait absolument rien. Qu’à ses yeux je n’étais qu’un jouet !

Le cœur brisé, j’avais décidé de prendre mes distances. Je voyais bien que la situation lui déplaisait, mais c’était une question de survie. Il fallait que je le fasse. Que je me débarrasse de son emprise. C’est la raison pour laquelle j’avais accepté l’invitation de Tom. Il ne m’attirait pas vraiment, mais il était gentil. J’espérais aussi qu’Angelo me laisserait enfin tranquille. Qu’il se trouverait une autre victime ! Au lieu de cela, il m’a attendu. Il m’a violé. Il m’a détruite.

Et malgré tout, mon amour était intact. Alors je n’ai rien dit, parce que je savais que mon père le tuerait. Je suis partie, le cœur et l’esprit ravagés, mais avec l’espoir d’être un jour de nouveau heureuse. J’ai touché le bonheur du bout des doigts et à présent je vais mourir.

La fatigue finit par avoir raison de mes sanglots. Je pleure silencieusement, les jambes ramenées sur la poitrine, la tête posée sur les genoux.

Ma vue s’acclimate à l’obscurité. Je perçois la forme de la table. Celle de la chaise aussi. Toujours sur le sol, je les utilise comme repère et me traîne jusqu’au matelas. Une nouvelle crise de panique surgit. Je suffoque, perds le contrôle.


— Lève-toi !

Angelo appuie son pied sur ma hanche. J’ouvre les yeux et le découvre tenant la lampe. Sans un mot, je me redresse. Mon esprit est confus, je n’ai plus aucune notion du temps depuis qu’il m’a enfermée. Les crises de panique et les pertes de conscience se sont succédé. Soulagée de voir enfin une lumière, j’obéis à Angelo quand il m’ordonne d’avancer vers la grille.

Des escaliers étroits et glissants mènent vers un étage. Nous débouchons sur un petit couloir.

— À gauche.

J’obtempère sans réfléchir pour ne pas le contrarier. Je ne veux pas retourner dans la cave. Angelo ouvre une porte et me pousse violemment. Je trébuche dans une chambre.

— Il y a une salle de bain là-bas, indique-t-il en pointant l’index au fond de la pièce. Va te laver. J’ai déposé des vêtements propres pour toi. Je reviendrai te chercher pour le repas.

 Merci, dis-je d’une voix enrouée.

Angelo sort et verrouille la porte. Je respire de nouveau.

La chambre est spacieuse. Il n’y a aucune décoration, aucune photo. M’a-t-il amené chez lui ? Suis toujours en France ? Le mobilier ne me donne aucune indication. Un grand lit en bois massif et recouvert d’un édredon rouge. Une armoire faite du même bois. Deux tables de chevet et un bureau. C’est tout ce qu’il y a. Mon regard se tourne vers la fenêtre. Des rideaux épais cachent la vue. Je m’y précipite, mais mon espoir est de courte durée. Des barreaux en fer empêchent tout passage. J’observe l’extérieur. Il y a de nombreux arbres. Une forêt peut-être. Je ne remarque aucune clôture, aucune autre maison, pas de route non plus.

Je fouille rapidement les tiroirs du bureau. Il n’y a rien pouvant servir d’arme. Aucun téléphone. Aucun ordinateur. Rien non plus à l’intérieur des tables de nuit. Quant à l’armoire, impossible de l’ouvrir.

Déçue, je me rends dans la salle de bain. Comme la chambre, il n’y a que le strict minimum. Une douche, une vasque, des w.c., ainsi que des produits de toilette. Une pile de linge attend, soigneusement pliée. Un drap de bain, une serviette plus petite, des sous-vêtements et une robe, faite d’un tissu léger. Le tout parfaitement à ma taille.

Depuis quand prépare-t-il son coup ? Comment connaît-il mes mensurations ? M’a-t-il espionné ? Depuis combien de temps ? Se pourrait-il qu’il soit parti sans prévenir ? Que ses parents soient à sa recherche ? Si c’est le cas, les Di Marco ont de gros moyens. Ils ne tarderont pas à le retrouver et mon calvaire sera terminé. Il ne me reste plus qu’à attendre et à prier.

Je jette un coup d’œil à mon reflet. Mes cheveux sont emmêlés, mes paupières gonflées. Deux énormes traînées noires maculent mes joues. Mes vêtements sont dans un état tout aussi lamentable. Je les retire rapidement, utilise les w.c. avant que ma vessie explose et pénètre dans la cabine.

L’eau chaude apaise mes douleurs. Mes muscles se détendent lentement. Je me lave les cheveux puis le corps en faisant durer le plaisir.

Hélas ! La réalité refait surface. Lorsque je sors de la douche, Angelo se tient appuyé contre l’encadrement. Il me toise des pieds à la tête. Aucune émotion ne filtre. Je resserre le drap de bain contre ma poitrine.

— Habille-toi, ordonne-t-il sans bouger.

Je fixe la pile de vêtements en tremblant. Aucun homme ne m’a jamais vue nue. Les larmes me piquent les yeux. Je dois obéir si je ne veux pas retourner en bas. Pourtant je reste prostrée. Angelo fait claquer la langue sur son palais. Il se décolle de l’encadrement et fait un pas en avant.

— D’accord ! Je… je vais le faire.

Je m’empresse de prendre la culotte, au moment où je lève le pied, la langue d’Angelo claque de nouveau.

 Pas comme ça ! Retire la serviette.

— S’il te plaît…

— La serviette, j’ai dit.

Mes doigts tremblants me rendent malhabile. Je dois m’y reprendre à deux fois avant de parvenir à dénouer la serviette. Je la laisse tomber sur le sol et plaque une main sur mes seins, l’autre sur mon intimité. Angelo est sur moi en une seconde. Il tire violemment sur mes bras.

— Ne te cache jamais de moi ! Ton corps m’appartient. Si je désire le contempler, tu t’exécutes aussitôt. Si je veux le baiser, tu écartes les cuisses, et si j’ai envie le fesser, tu me présentes ton cul. Est-ce que c’est compris ?

Je hoche la tête à toute vitesse. Satisfait, Angelo recule. Ses yeux luisent d’une lueur étrange. La seule fois où j’ai vu cela, c’était le soir où il m’a violée. Je détourne le regard et m’habille rapidement.

— Bien ! Maintenant, allons manger.

Chapitre 4

Angelo



Une main sur le bas de son dos, je la guide jusqu’à la salle à manger. C’est une immense pièce qui fait également office de salon. Avant d’aller la chercher, j’ai disposé plusieurs plats sur la table, ainsi qu’une assiette et des couverts pour une seule personne. Lucie ne dit rien, pourtant il n’est pas difficile de voir qu’elle ne sait pas quoi faire. Tandis qu’elle reste debout, je m’installe confortablement, déplie une serviette en tissu et la mets sur mes cuisses. Pour la faire mariner un peu plus, je verse du vin dans mon verre et en bois une gorgée.

— Qu’est-ce que tu attends ? Finis-je par demander.

— Je… Je ne sais pas où m’asseoir.

— Mais ici, voyons.

Mes yeux se dirigent vers un petit coussin rouge posé sur le sol, à quelques centimètres de ma chaise. Lucie semble troublée. Son regard passe du coussin à moi, puis de nouveau au coussin. Je parviens sans mal à déchiffrer son esprit. Elle se demande si c’est un jeu pour l’humilier ou une façon de me venger. Elle finit tout de même par fléchir les jambes.

— À genoux, Lucie et les mains derrière le dos.

Lorsque la position me convient, je me sers copieusement et mange en l’ignorant. Ses yeux suivent le mouvement de ma fourchette tandis que son ventre gronde. J’enfourne un morceau de viande saignante, le mastique très lentement. Lucie meurt de faim et la voir dans cet état, éveille quelque chose de puissant. Je recommence le même manège, m’octroie quelques pauses pour boire ou essuyer ma bouche.

— Est-ce que tu as envie de manger ? demandé-je lorsque j’ai fini.

— Oui.

Je serais curieux de savoir ce qu’elle serait prête à faire pour un peu de nourriture. Elle est restée plus de vingt-quatre heures dans la cave. S’en est-elle rendu compte entre ses crises de panique et ses évanouissements ? Estimant qu’elle a suffisamment attendu, je remplis de nouveau l’assiette. Seuls les bruits de vaisselle troublent le silence pesant. La fourchette appuie sur ses lèvres closes, les piquant légèrement. Lucie ouvre la bouche. Je fais attention à ne pas la blesser, cependant elle se méfie. Son attitude m’agace. Elle doit me faire confiance les yeux fermés ! Je sais que je suis trop impatient, mais cela fait dix ans que je rêve de cet instant. Alors que j’approche de nouveau le couvert, Lucie a un mouvement brusque. De la sauce coule sur son menton. Je passe le pouce dessus et le lèche. Sa respiration s’accélère. J’ai toujours eu cet effet sur elle. Lucie a beau avoir peur de moi, elle est incapable de ne pas réagir à ma présence. C’est tout juste si je n’entends pas son cœur bondir dans sa poitrine.

 Tu as fait une tache sur ta robe, dis-je pour la provoquer. Retire-la.

Ses grands yeux gris s’écarquillent. Je la vois déglutir. Elle ne veut pas obéir, mais elle est bien trop effrayée par l’idée de retourner dans la cave. Je fais claquer ma langue pour lui montrer mon mécontentement. Elle est sur le point de pleurer. Réalisant qu’il n’y aura pas d’autre échappatoire, elle finit par obtempérer avant de se remettre en position.

— Bien ! Tu commences à comprendre.

Je reprends la fourchette, lui donne à manger jusqu’à ce que l’assiette soit vide et lui propose à boire. Ce qu’elle s’empresse d’accepter.

Sans un mot, je m’absente quelques minutes avant de revenir avec un pot de crème. Mon index plonge dans le dessert, puis se dirige vers la bouche de Lucie.

— Tu as toujours été gourmande. Quand nous étions enfants, je partageais ma part, juste pour te voir sourire.

— Je m’en souviens. Mais tu ne faisais que cela ! Le plus souvent, tu volais ma part pour me voir pleurer.

— Exacte ! Montre-moi combien tu aimes le chocolat.

Son visage se teinte de rouge tandis que ses lèvres se referment autour de mon doigt. Le mouvement, à peine perceptible, de sa langue, m’envoie des ondes directement dans la queue. Un frisson parcourt mon dos. Je suis piégé à mon propre jeu ! Je retire mon index vivement. J’ai besoin de reprendre les rênes, de tuer dans l’œuf ce pouvoir qu’elle détient sur moi. J’ai besoin de voir la peur s’inscrire sur visage. Besoin de la punir.

Je me lève et lui tends la main. Son corps frôle le mien par inadvertance et me fait tressaillir.

Je glisse les doigts dans la poche arrière de mon jeans pour m’emparer de mon couteau.

Son regard reflète de la terreur, pourtant elle ne bouge pas lorsque le tranchant se pose sur sa gorge. La pointe dirigée sur sa peau, je la caresse avec mon arme, descends lentement jusqu’à son ventre et m’y arrête.

 J’ai tué à cause de toi. Des rousses. J’ai tué parce que c’est toi que j’avais envie de punir. Je plantais la lame dans leurs entrailles en imaginant que c’était toi. Puis je les regardais mourir.

— C’est ce que tu as l’intention de faire ? me demande-t-elle, la voix tremblante.

— Peut-être.

— Alors, fais-le. Qu’est-ce que tu attends ?

La pointe s’enfonce légèrement. Ses muscles se tendent lorsque la peau se perce. Lucie blêmit. Les émotions se succèdent à vive allure sur son visage. J’y vois de la frayeur, de la douleur, mais aussi la volonté d’en finir. A-t-elle pensé que sa petite provocation me ferait perdre le contrôle ? Est-ce qu’elle espère que je plonge le couteau dans ses entrailles ?

— Pas tout de suite. J’ai plein de projets pour toi. Et pour moi.

La lame se met en mouvement. Elle passe sous l’élastique de sa culotte et continue sa course sur la hanche. D’un coup sec, je coupe le tissu. Le sous-vêtement tombe sur le sol.

— Oups ! dis-je en reposant le couteau sur la table.

Quelques gouttes de sang perlent sur son ventre. Fasciné, j’applique l’index dessus et l’étale autour de son nombril.

 Quand tu es partie, je rêvais chaque nuit que je te retrouvais et que j’arrachais ton cœur avec mes mains. Je me réveillais en sursaut. Pas à cause de la peur ou du dégoût, mais parce que j’avais une érection d’enfer. Alors je me branlais en imaginant tout ce que je ferais si tu étais là. C’était violent, Lucie. Violent et tellement bon ! Donc oui, peut-être que je finirai par te tuer pour assouvir ce besoin intense. Mais peut-être que je te garderai vivante, car tu es la seule à pouvoir m’animer.

Avant qu’elle dise quoi que ce soit, je la retourne et me plaque contre son dos. Le nez enfoui dans son cou, j’inspire une grande bouffée de son parfum. Les battements de mon cœur s’accélèrent. Ma queue pulse contre la braguette.

Je pousse Lucie contre la table et l’oblige à se pencher jusqu’à ce que ses seins s’aplatissent contre le bois. Ses yeux se dirigent vers le couteau qui trône à quelques centimètres.

— Oublie bébé, tu n’auras jamais le courage. Toi ? Tuer quelqu’un de sang-froid ?

Du revers de la main, je balaye l’arme qui s’écrase sur le sol.

— Tu savais que ton cul a la forme d’un cœur ? dis-je en caressant ses fesses. J’en ai baisé des dizaines, mais aucun n’égalait le tien. Il mérite d’être vénéré tant il s’approche de la perfection.

Je prends chaque globe dans mes mains, les soupèse, les malaxe. Lucie frissonne de peur. Je peux la voir déglutir. Sans la lâcher du regard, je fais glisser un de mes pouces le long de la raie. Ses jambes tremblent quand j’appuie légèrement contre son anus. À cet instant, je sais que les souvenirs sont en train de remonter à la surface. Elle est bord de la crise de panique.

— Chuuut ! murmuré-je à son oreille. Bientôt, je te posséderai par là aussi, mais pas ce soir, alors détends-toi.

J’abandonne ses fesses à contrecœur, j’ai obtenu ce que je désirais. J’empoigne ses cheveux d’une main et fais passer l’autre sous son ventre pour atteindre sa chatte. D’un mouvement brusque, je la pénètre avec deux doigts. Lucie pousse un cri de douleur qui se répercute une fois de plus sur ma queue. Je plaque le bassin contre son cul. Je veux qu’elle me sente. Je veux qu’elle tremble de peur tout en me désirant. Ma belle tente de se redresser, mais je donne un coup de reins qui la renvoie contre la table.

Ses sanglots me font durcir davantage. Je retire les doigts presque complètement et les plonge de nouveau en elle. Plus fort encore. Ses muscles se contractent pour combattre l’invasion, mais je force le passage pour marquer ma domination. Mes doigts vont et viennent en elle sans douceur tandis que mon sexe frotte contre ses fesses. Lorsqu’elle abdique enfin, je suis assailli par un sentiment de puissance. Le mouvement se modifie. À présent, ce sont ses soupirs de plaisir que je veux entendre. Il faut qu’elle sache que je lui procurerai du plaisir ou de la douleur, en fonction de son comportement. Il faut qu’elle comprenne que les deux me conviennent. Mes caresses éveillent son désir. Sa respiration devient saccadée.

— Ton corps me reconnaît, tu ne peux pas lutter contre cela. Ta chatte mouille pour moi, bébé. Tu sens à quel point mes doigts glissent facilement ?

Un gémissement s’échappe de ses lèvres tandis que mon pouce presse le clitoris. Je regarde ses larmes s’écraser sur la table. Elle halète, se cabre pour me fuir. Je tire ses cheveux pour lui rappeler que je suis le seul à décider. Sans cesser mes mouvements, je la redresse légèrement pour coller ma bouche à son oreille.

— Dis-moi à quel point tu aimes. Supplie-moi de te faire jouir.

— Non !

Garce ! Mes dents s’enfoncent dans la chair de son cou pour la punir. Je retire les doigts et la plaque durement contre la table. Aussitôt, j’ouvre mon pantalon pour libérer ma queue affamée.

— Puis que tu n’as pas envie de prendre ton pied, alors c’est à mon tour.

D’un coup de reins, je la pénètre jusqu’à la garde. Lucie lâche un hurlement de douleur. Ses hanches cognent sur le rebord en bois tandis que je la baise violemment. Ses muscles se contractent pour me repousser. Ils m’enserrent tellement fort que je suis sur le point de jouir.

Je cesse de bouger et tente de reprendre ma respiration.

— C’est ce que tu veux Lucie ? Que je te saute de cette façon ?

— N… non, sanglote-t-elle.

— Alors, supplie-moi.

— S’il te plaît.

— S’il te plaît, quoi ? dis-je remuant le bassin.

— Ne me fais plus mal. Do… donne-moi du plaisir, s’il te plaît.


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